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Articles Pour construire
une maison on choisit de bons matériaux et on s'assure d'avoir des fondations
solides. On pourrait croire que lorsqu'il s'agit de spiritualité on agit
de même et pourtant c'est rarement le cas. On se laisse souvent séduire
par des constructions de mots qui au premier orage se flanquent par terre.
Nous possédons un corps et une conscience, unis par le souffle vital,
ce sont les seuls outils à notre disposition. Nous seuls pouvons les
utiliser - en observant à partir du centre lucide et permanent vers lequel
pointe continuellement Douglas - pour découvrir la fausseté des
multiples convictions qui nous habitent.
Notre époque fournit une dramatique démonstration de ce que provoque
la soumission à des concepts sans oser les remettre en question, aussi
le premier devoir du chercheur est de douter jusqu'à ce que cela ne soit
plus possible.
C'est à quoi excellait Nisargadatta Maharaj. Ce grand sage savait qu'il
ne suffit pas de qualifier notre monde d'illusoire (alors qu'il constitue pour
nous la seule réalité) pour nous faire appréhender la fausseté
de cet univers. Aussi, cherchait-il avant tout à nous mettre en face
de nos contradictions, à nous faire buter sur notre conditionnement.
Il nous bombardait de questions jusqu'à ce que, en nous-mêmes,
se produise une prise de conscience. Le faux une fois constaté, le vrai
est accessible.
Un jour j'ai dit à Maharaj que je n'arrivais pas à formuler une
définition de ma véritable nature. Il m'a répondu “ dites
: je suis ce par quoi je sais que je suis.”
Extrait de l'entretien n° 28 extrait du livre de dialogues de Nisargadatta
Maharaj: Je Suis
Question : Je viens d'un pays lointain. J'ai fait mes propres expériences intérieures
et j'aimerais que nous échangions nos impressions.
Maharaj : Tout à fait d'accord. Vous connaissez vous vous-même ?
Q : Je sais que je ne suis pas le corps. Pas plus que je ne suis le mental.
M : Qu'est-ce qui vous autorise à parler ainsi ?
Q : Je sens que je ne suis pas dans le corps. Il me semble occuper l'espace, être
partout. Et en ce qui concerne le mental, je peux, pour ainsi dire, le brancher et
le débrancher à volonté. Ceci me fait ressentir que je ne suis pas le mental.
M : Quand vous sentez que vous occupez tous les endroits du monde, restez-vous
séparé du monde ? Ou bien, êtes-vous le monde ?
Q : Les deux. Il m'arrive de sentir que je ne suis ni le corps ni le mental mais un
regard unique percevant tout. Quand je plonge plus profondément dans cette
sensation, je suis tout ce que je vois, et le monde et moi ne faisons qu'un.
…M : Comment êtes-vous parvenu à votre état présent ?
Q : L'enseignement de Sri Ramana Maharshi m'a mis sur la voie. Puis j'ai
rencontré un certain Douglas Harding qui m'a montré comment me pencher
assidûment sur « qui suis-je ? »
M : Est-ce que cela fut soudain ou progressif ?
Q : Réellement soudain. Comme quelque chose de totalement oublié qui resurgit
dans le mental. Ou comme un éclair de compréhension. « Que c'est simple, ai-je
dit, que c'est simple ; je ne suis pas ce que je pensais être ! Je ne suis ni le perçu
ni celui qui perçoit ; je ne suis que l'acte de percevoir. »
M : Pas même l'acte de percevoir, mais ce qui rend tout cela possible.
...
L'entretien n° 34 constitue un échange des plus instructifs entre
Maharaj et un européen enseignant le yoga, qui a du trouver bien rude
la réponse suivante : « Si vous faites confiance au temps,
il vous faudra des millions d'années. »
Une belle métaphore dans l'entretien n° 35 : « …On
ne fait pas le ménage dans une pièce noire. On commence par ouvrir
les fenêtres. Laisser pénétrer la lumière rend les
choses plus faciles. ... Il est inutile de se laisser entraîner dans une
ronde de questions sans fin, trouvez-vous vous-même, et tout se mettra
en place de lui-même. »
Et le cœur de l'intense entretien n° 36 : « Quand je
dis "je suis", je ne veux pas dire que je suis une entité séparée
dont le corps serait le noyau, je veux dire que je suis la totalité de
l'existence, l'océan de la conscience, l'univers entier de ce qui est
et de ce qui connaît. Je n'ai rien à désirer parce que je
suis à jamais complet. »
« JE SUIS » et d'autres ouvrages de Nisargadatta Maharaj sont édités par :
Editions Les Deux
Océans
19, rue du Val de Grâce 75005 Paris
www.lesdeuxoceans.fr