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Le petit Robert définit la secte comme « un groupe organisé de personnes qui ont la même doctrine au sein d’une religion ». La commission parlementaire française a toutefois élargit la définition d’une secte à « tout groupement de personnes qui pensent de manière alternative ou différente du consensus social habituel, se mêle de spiritualité, etc... ». Selon cette définition qui met surtout l’accent sur une différence par rapport à un « consensus social habituel » nous voyons qu’un bon nombre de catégories sociales peuvent être taxées de sectes et bien entendu la « Vision Sans Tête », initiée et enseignée par Douglas Harding, n’y échappe pas avec « son regard qui va à contre courant de celui que nous sommes habitués de porter sur le monde » !
Au-delà des simples définitions, on ne peut pas nier que certaines sectes qui sont devenues un sujet d'actualité peuvent vraiment être dangereuses. Les exemples sont encore récents. Les médias ont cependant concouru à entretenir un climat de suspicion et de peur vis-à-vis de mouvements qui touchent à l’esprit ou à la conscience et qui évoluent en dehors des chemins canoniques. Cette crainte est basée à juste titre sur l’expérience de véritables approches sectaires, dangereuses et meurtrières mais aussi parfois, injustement, sur les généralisations abusives auxquelles concourt ce climat confus de chasse aux sorcières !
Si je me réfère à ma propre expérience, la Vision sans tête, fait encore partie des sorcières à pourchasser pour certaines personnes parfois dépitées par la trop évidente et la trop simpliste vision de Ce-que-nous-sommes-vraiment ! L’énorme découverte – ne touche-t-elle pas à notre vraie nature, à notre identité profonde, à l’origine du monde ? – est disproportionnée par rapport à la simple évidence de l’Évidence qui nous crève les yeux, à l’endroit même où nous nous dressons !
La vision directe
de « Ce que nous sommes vraiment » est trop simple pour
être vraie ! trop fascinante pour qu’on y croie ! trop proche
pour qu’on la voie ! Trop profonde pour qu’on puisse la concevoir
! Trop vaste pour être imaginée et contenue par notre esprit !
Ce sont autant de trop qui peuvent faire dire à certaines personnes :
« Il y a sûrement de la
supercherie là dessous et un danger certain pour un esprit faible prêt
à s’accrocher à tout pour se rassurer ! »
Quel est l’ami de Douglas qui ne s’est jamais fait accuser d’appartenir à une secte, même sur le ton de la plaisanterie ou de la compassion ? À Marseille, on dit : « peuchère ! ... » et c’est sans appel !
Je comprends cependant l’ardeur de certaines personnes à allumer le feu du bûcher, car cette Vision touche à notre identité même. Le cœur de cette vision est la réalisation de notre véritable nature. Si l’on y réfléchit, c’est énorme, voire prétentieux ! Cette approche au cœur de l’être est pourtant celle de toute la tradition mystique de l’humanité depuis des millénaires.
La réaction peut être d’autant plus extravagante dans notre civilisation occidentale que l’identité personnelle ou la personnalité y est reine ! Allez dire à la première personne venue qu’elle disparaît pour l’autre !... Que « moi » n’est qu’une simple fonction de l’esprit, utile, mais seulement une chimère, une image ou un simple reflet du véritable Soi !...
Notre civilisation prône le culte de la personne ; c’est à cause de ce profond ancrage de la personnalité dans notre société que certaines dérives et mésententes peuvent survenir dans la pourtant légitime et honorable quête de l’homme à la recherche de sa véritable nature. C’est simplement cette « notion de personne » qui doit disparaître pour que notre véritable et profonde identité soit vue. La Conscience a besoin du corps et de l’esprit pour se manifester. Elle s’implique naturellement dans l’organisme vivant. Cette implication est spontanément impersonnelle, et nous en faisons une affaire personnelle dans l’instant qui suit. La grande mésentente n’est que « MOI » !
En tant qu’êtres humains vivants, notre corps et notre esprit sont donc aussi importants que la Conscience qui s’y implique et s’y identifie. Comment pourrait-il en être autrement ? Je partage donc tout à fait le souci légitime de la plupart des gens sensés de se protéger des groupuscules qui manifestement portent atteinte au respect et à l’intégrité physique et psychique des personnes, et les spolient de leur libre arbitre fondamental. Il me paraît cependant aussi important de ne pas ranger sous l’étiquette d’une secte tout groupe social restreint et différent du « consensus social habituel » à condition qu’il respecte la personne humaine dans son corps, son esprit et son autonomie fondamentale. Car si l’unicité est le secret de la vie, la diversité en est sa richesse.
La Vision sans tête est-elle donc une secte qui risque à terme
de nous priver d'une part de notre liberté ?
Cette question en implique une autre en fait plus générale et
peut être plus utile : quelles distinctions devons-nous faire pour que
chacun soit capable d’évaluer pour soi-même si elle se trouve
face à une secte « lambda » qui risque de porter
atteinte à son intégrité personnelle et à son autonomie
fondamentale ? C’est la vraie démarche : donner à chacun
les moyens d’être sa propre autorité en la matière.
La différence
entre un gourou sectaire et un enseignant visionnaire c’est d’abord
une question de pouvoir.
Le premier recherche le pouvoir pour soi, le second restaure le pouvoir des
gens en leur donnant les moyens. La Vision sans tête n’est ni une
doctrine, ni une religion, ni une personne qui s’impose ; c’est
une vision que personne ne peut revendiquer pour soi-même. J’ai
toujours vu et entendu Douglas insister sur ce point à propos de la vision
sans tête qu’il a initiée. La Vision sans tête est
avant tout un enseignement d’instructions qui pointent vers ce que chacun
peut découvrir (ou non) en son centre, au point zéro de lui-même !
L’important n’est pas la Vision sans tête, ni celui qui transmet
les instructions, l’important est ce que chacun peut voir de son propre
point de vue en suivant ces instructions (ou d’autres). L’important,
dit la citation bien connue, n’est pas le doigt qui montre la lune, mais
la lune elle-même dans toute sa splendeur. L’important c’est
bien « Ce » que nous sommes vraiment, au plus profond
de nous-mêmes, à l’instant subtil où « la
personne », dépouillée de tous ses oriflammes, s’efface
d’elle-même dans sa propre Source, perceptible au-delà du
connu.
La deuxième
différence se trouve au niveau du partage de la Vision et de ses implications
sur notre vision du monde.
La secte considère la Vision et le savoir comme la propriété
personnelle du gourou. Celui-ci sait pour les autres et non pas avec les autres,
car lui seul bien sûr, par sa maturité spirituelle, a accès
à la vérité, à la connaissance, ou à un Dieu
quelconque !
Le véritable enseignant spirituel partage la Vision et le savoir. Il est prêt à rendre compte uniquement de son expérience de la Vision qui n’est pas la « sienne » et qu’il sait n’appartenir à personne. Il sait que son enseignement ne fait que pointer vers quelque chose d’inexplicable, quelque part, qui le dépasse « corps et âme » et nous dépasse tous. Cet enseignement ne laisse aucune empreinte, aucune contrainte, dans l’esprit des gens, il s’efface de lui-même dans « Ce » qu’il pointe. « Comme le vol d’un oiseau dans le ciel, le véritable enseignement ne laisse aucune trace ». L’enseignant et l’enseignement se fondent au cœur de la Lumière qu’ils désignent. La Vision sans tête n’est pas basée sur l’élitisme. C’est le véritable défi que nous lance la vie : chaque Être sans exception recèle en son cœur cette Vérité absolue et universelle qui le transcende. C’est grandiose !
À partir de là, nous avons tous la possibilité de vivre, soit « petits », d’un point de vue personnel et comme des individus séparés en relation entre eux, soit « grands » d’un point de vue impersonnel et comme une Totalité Une et universelle. La perspective impersonnelle transcende tous les aspects personnels de notre vie et recadre la dimension ordinaire de l’homme dans un Espace sacré. Et ce point de vue transcendantal n’est pas l’apanage des gourous ou des saints, Il est niché au cœur de chaque être humain.
La troisième
distinction appartient au niveau de la relation entre les individus du système.
La secte adopte une communication hiérarchique. Elle prône le culte
de la personnalité. Dans ce culte de l’individu, il y a une hiérarchie
du savoir qui vient du sommet. La vision et les idées sont imposées
par n’importe quel moyen, du plus grossier (la coercition physique) au
plus subtil (la manipulation de l’esprit).
La vision du visionnaire authentique vient au contraire de « quelque chose » qui est au-delà de lui-même et de tout ce qui est partagé par l'ensemble du groupe. Dans la Vision sans tête personne ne crée la Vision. Elle est là simplement, dans l’instant, disponible pour tous, novices ou anciens combattants ! Elle transcende tout, notamment tout ce que nous pouvons dire penser ou faire pour en rendre compte. Elle n’est pas réservée à des initiés et fait partie de notre patrimoine.
La dernière
distinction que nous pourrions faire est une question de frontières.
Les comportements sectaires définissent des frontières rigides
au-delà desquelles sont rejetés tous ceux qui ne les adoptent
pas. Et c’est le Gourou qui impose sa loi pour les autres, tandis qu’il
se place au-dessus d’elle, investi qu’il se croit être du
pouvoir que lui confère sa vérité. Ceux qui n’obéissent
pas sont donc exclus. Et ce qui exclut relève d’un esprit sectaire !
Dans une approche inspirée par un authentique leader visionnaire, celui
qui ne partage pas la vision reste libre à tout moment de l’exprimer.
Chacun a aussi la possibilité de partager la vision commune, selon ses
propres tendances et préférences. Le système inclut la
diversité des membres qui le composent. C’est la multiplicité
des comportements et des points de vue qui font sa richesse. La vision est fédératrice.
Quoi que nous fassions la Vision sans tête est le contraire de l’exclusion : l’Espace que chacun peut voir au-dessus de ses propres épaules inclut tout, y compris soi-même. Personne ni rien n’est exclu et il ne peut en être autrement, sinon ce n’est pas la Vision. Nous pouvons juger une chose qui va à l’encontre des valeurs profondément humaines que nous avons adoptées, nous ne pouvons pas l’exclure pour autant. La différence est peut être subtile, elle est en tout cas capitale (!).
Un véritable enseignant spirituel n’attend donc d’obéissance ou de reconnaissance de personne. Il parle à partir de la vision qu’il éprouve, sinon ce n’est qu’un prêcheur. Il parle de ce qu’il est, le prêcheur de ce qu’il sait. Le véritable Maître est là pour nous faire simplement prendre conscience que nous ne sommes pas différents de lui et pour nous donner les moyens de le tester par nous-mêmes. Douglas Harding nous prie de ne jamais le croire sur paroles et de sans cesse vérifier par nous-mêmes la vision directe de ce que nous sommes vraiment. C’est, pour moi, ce qui m’a déterminé à faire l’expérience qu’il demandait la première fois que je l’ai rencontré. Tout le reste a suivi.
Conclusion
La secte cultive, avec son gourou, le pouvoir personnel, le secret, l'élitisme,
la hiérarchie, l'obéissance, « l’égo-ïsme »
et la souffrance.
La « Vision Sans Tête » est un antidote naturel au sectarisme et à l’enfermement. Elle nous ouvre à la conscience universelle : c’est un accueil impersonnel pour tout. Elle efface les frontières et dissout les limites que notre esprit nous impose naturellement. Elle réorganise notre propre perception du monde d’une manière qui nous donne la possibilité de tous les choix. Elle ne fabrique pas des élus hors du commun avec un esprit sectaire, mais rassemble des hommes et des femmes conscients non seulement de leur conditionnement génétique et psycho-socio-culturel mais aussi et surtout de leur véritable Nature, au-delà de tout conditionnement et de tout attachement.
Sa finalité est la réalisation de notre véritable nature, celle de toutes choses existantes. Cette réalisation de SOI est le cœur de la Vision sans tête.
Le résultat sensible de cette vision est ce goût de vacuité et de plénitude qu’elle nous laisse, la vigilance qui y naît. C’est une attention au monde dénuée de toute saisie, détendue, libre de tout concept. Cette perception totale éveillée et vigilante est l’œil de la Vision sans tête.
Elle aboutit enfin au sentiment d’impersonnalité qui s’en dégage dans l’action quotidienne. Il s’ensuit un lâcher prise total, qui à mes yeux est le véritable antidote de la souffrance, et le fondement de l’amour. C’est ce qui fait la force de la Vision sans tête.
par Gérard Nannini