L'expérience de l'œil unique

par José Le Roy

Cet exercice se nomme « l’œil unique » ou « les lunettes » ou encore « l’ouverture du troisième œil ». Son but est de nous révéler notre vraie nature de manière simple en s’appuyant sur le sens de la vue.
Douglas dit souvent que l’erreur que nous commettons concernant notre vraie identité tient en quelques mots : « je suis ICI ce que je parais être LA-BAS », c’est-à-dire que je crois être , en tant que première personne, ce que les autres voient de moi à quelques mètres de distance. Et, en particulier, ce que les autres voient de moi, c’est que je regarde le monde à travers deux yeux ; dès lors, j’adopte leur perspective excentrée, et je crois moi aussi voir le monde à travers deux yeux, deux petites boules colorées, deux petites fenêtres percées dans un visage. Si nous interrogions une personne prise au hasard dans la rue, et que nous lui demandions : à travers combien d’yeux voyez-vous le monde ?, nous obtiendrions sans aucun doute toujours cette même réponse : deux yeux.
Or, cet exercice vise précisément à interroger cette évidence : à partir de quoi est-ce que nous percevons le monde ? Deux trous ? Deux petites sphères gélatineuses ? ou bien autre chose ?

Pour répondre cette question, nous allons tout simplement vérifier par nous-mêmes le processus de la vision. Pour cela, vous devez fabriquer une paire de lunettes artificielles avec vos mains que vous tenez à bout de bras comme sur la photo (si vous avez une vraie paire de lunettes, le plus simple est de les enlever pour faire l’exercice avec les mains).

Manifestement, au bout des bras, vous avez bien deux trous, séparés par une cloison ; ces deux trous laissent apparaître deux paysages différents, remplis de formes et de couleurs différentes.
Rapprochez doucement cette paire de lunettes de vous-mêmes. Les deux trous s’agrandissent et de plus en plus de choses apparaissent dans ces deux ouvertures mais ils restent cependant encore séparés nettement par la cloison de vos deux doigts, comme on le voit sur la photo.

Continuez d’approchez cette paire de lunettes et mettez les complètement sur vous mêmes, au contact de votre nez. A travers combien de trous regardez-vous le monde maintenant ? Un trou ou deux trous ? Y-a-t-il encore une frontière qui séparerait deux espaces distincts ou bien ne faites-vous pas l’expérience d’un seul champ de vision ?
Cherchez les limites de ce champ de vision, de cet unique trou. Ouvrez doucement vos doigts pour atteindre les bords de votre champ de vision; ouvrez vos mains puis vos bras, et vous allez réaliser que cet espace unique à travers lequel vous regardez le monde n’a pas de limites, et qu’il est en fait aussi vaste que le monde puisqu’il le contient !
Vous n’avez jamais regardé le monde autrement qu’à travers cet immense ouverture sans limite, qu’à travers cet œil infini, sans bord et transparent.

Dans beaucoup de spiritualités orientales, l’Eveil est nommé "l’ouverture du troisième œil", et, en effet, nous avons trois yeux : deux yeux humains là-bas dans le miroir, plus un troisième œil, immense, ouverture sans limite vide et transparent au-dessus des épaules. Cet œil n’en est pas vraiment un d’ailleurs puisqu’il est immatériel ; il s’agit plutôt d’une espace d’accueil dans lequel le monde se manifeste.

Cela n’est pas à croire mais à vérifier par vous mêmes. Rien n’est plus simple, ni plus accessible.

Ainsi, dans la vie quotidienne, quand vous vous sentez rétréci et réidentifié à la troisième personne, c’est-à-dire à l’individu humain, regardez juste au-dessus de vos épaules et demandez vous à travers quoi vous regardez le monde. Il s’agit juste d’un petit geste d’attention qui en élargissant votre regard aux dimensions du monde vous ramène à votre vraie nature.

Commentaire de Douglas à l'œil unique

Extrait d'un DVD réalisé par Richard Lang sur Douglas Harding


Douglas Harding: Si nous observions ce qui se passe lors de la transformation de deux petites fenêtres en une Fenêtre unique aussi vaste que le monde. L'Inde nous parle de l'ouverture du Troisième Oeil. Vous devez aller en Inde, au Mexique, au Japon ou autre part pour l'ouverture du Troisième Oeil. Mais c'est réalisable ici et maintenant, où que vous soyez, n'est-ce pas? Avez-vous jamais regardé par autre chose que par cette Fenêtre?
Vous savez, six cents ans avant le Christ, on disait en Inde qu'il y avait un Voyant dans tous les êtres. Un Voyant. Les soufis l'ont dit, les bouddhistes l'ont dit. Hui Hai, un grand maître du bouddhisme zen a dit 'Voyons-nous avec nos yeux? Non, c'est notre Nature de Bouddha qui voit'. Nous voyons avec un Oeil Unique ont dit, plus tard, les maîtres soufis. Un voyant. Voilà l'Oeil à travers lequel vous regardez. Je trouve cela totalement extraordinaire. Voyez ce à partir de quoi vous voyez! Et, chose curieuse - c'est en accord avec la science moderne. Les yeux ne voient pas. Nos yeux sont une partie du système qui nous permet de voir. Ils nous aident à déterminer ce que nous voyons, mais la vision ne prend pas place au niveau des yeux. Elle doit en fait aller plus loin, jusqu'au nerfs optiques et ainsi de suite à partir du cerveau où l'histoire est prise en charge. Tout ceci commence avec le soleil, le lumière descend vers nous, est filtrée par l'atmosphère de la Terre, frappe l'objet et atteint notre oeil et est ensuite acheminée vers la région du cortex visuel dans notre cerveau ou les éléments sont pris en charge par les atomes, les particules, etc. Ce n'est pas avant que ce terminal soit atteint que vous pouvez dire, 'Bonjour, je vous vois!'. Le phénomène qui débute dans la galaxie, par les rayons lointains du soleil, se termine ici, par les mouvements des particules. Et c'est seulement en ce point où le Tout se réduit au Rien que la Vision prend place.

C'est la version scientifique et c'est ma version. C'est là que la vision prend place. Dans cette 'Non-chose' que je suis ici, se trouve le Voyant, le grand Voyant, l'Oeil unique de l'Un. Je trouve Ça extraordinaire, vraiment. Extraordinaire. Vous n'avez en réalité jamais regardé par autre chose que ce que l'Orient appelle le Troisième Oeil. Il me semble que le Tout-Puissant dans sa miséricorde - imméritée - par pure Grâce, déverse sur nous l'invitation à jouir de l'union avec Lui.

Vous savez, Saint-Thomas d'Aquin, cette grande intelligence de l'Eglise Catholique médiévale, qui a écrit de grands livres de théologie, de grands livres sur la Foi catholique et qui est toujours considéré comme une grande autorité, a dit à la fin de sa courte vie, 'Tout n'est que paille. Que paille. Ce qui importe, c'est la vision béatifique de l'union avec Dieu. C'est ce qui importe. C'est là le sens de nos vies.'

Alors, je dis: allons-y. Allons-y!

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